_____________________Il est tard, encore une fois. Demain, en me levant si j'y parviens, je vais regretter de ne pas m'être couchée une heure avant. Tant pis. J'ai encore une fois regardé les photos d'il y a deux an. Je me dis toujours que j'y parviendrais, cette fois, j'ai même le sourire en ouvrant les dossiers. Je revois ces cheveux, ce corps. Je repense à l'état d'esprit qui m'habitait durant cette période. J'entrevois les sourires forcés qui ornaient mes lèvres et qui cachaient en verité les tonnes de larmes que je ne retenais même pas. Je vois ces yeux usés par la souffrance et ce regard qui en dit long. Mes tripes se tordent de nouveau. Rien qu'en y repensant les nausées me viennent. Cette période, la plus noire de ce début de vie sans doute. La pire chose qu'il ait pu m'arriver, mais la meilleure aux yeux de tous. C'est horrible cette incompréhension qui règne, cette envie de crier et cette interdiction que les autres me mettent. Parce qu'on dit de moi que j'ai de la chance, et tout pour être heureuse. Parce que mes résultats scolaires font partis des meilleurs encore jamais eu dans la famille, et qu'ils sont fiers de moi. Parce que mes parents me chérissent, et que j'ai un petit copain. Parce que les gens me complimentent souvent, sincères ou pas. Parce qu'ils me disent que je suis belle et intelligente, mais que pour moi tout est trop flou. Tout ça n'est pas assez. Moi, je veux du beaucoup, du passionément. Il me manque quelque chose, je ne me sens jamais vraiment bien. Juste pas à ma place. A la quète de la perfection, d'après eux. Je veux "atteindre l'élite"; c'est ce qu'il disent. Mais ce n'est pas ce que je demande, non, je veux juste être heureuse, et ne pas les décevoir. J'ai beaucoup trop souvent pensé aux autres, et trop souvent à lui. Il a été durant longtemps le seul. L'unique. Peut-être qu'inconsciemment il était le lien qui me retenait encore là-bas, et que je refusais de l'admettre. Sauf que je n'en étais même pas consciente. Et pourtant, il n'est plus là aujourd'hui. Alors pourquoi rien ne s'efface, pourquoi tout est si dur? C'est tellement difficile de se dire qu'on est pas à sa place, et d'en plus savoir où elle se trouve sans pouvoir pour autant y parvenir. Savoir ce que vous valez, savoir où vous devez aller, ce que vous devez faire. Savoir avec qui vous devriez être, et qui vous devriez être. J'ai mal, et personne ne le voit. Je ne sais pas ce que je veux, mais ce que je ne veux pas. Et cela fait deux ans que ça dure. Tu m'as blessée Maman, mais tu ne le sais pas. Ou du moins tu ne le sais plus. Je t'ai suivi, mais j'ai tellement mal depuis. Je ne t'en veux pas, tu sais. Enfin, je ne crois pas. Je t'aime, n'en doute jamais. Je ne repartirais pas, pour toi. Mais je me sens tellement seule ici... J'ai froid, et personne n'est là pour moi. J'ai si peur Maman...